L'économe d'Ockham

faire le vide en côtoyant le néant

mercredi 25 février 2026

Je vous présente PLAYA-PDF (et PAVÉS)

Si vous voulez fouiller dans les entrailles d’un document PDF pour en extraire des metadonnées, des images, et même du texte, j’ai des superbes logiciels libres pour vous: PLAYA-PDF et PAVÉS. Si vous voulez savoir comment je suis arrivé là, continuez à lire. Et si vous avez besoin d’un consultant pour vos besoins d’intelligence documentaire je suis bien sûr disponible pour des contrats de toute sorte!

Une jeune fille étourdie par un brouillard de papiers arborant le logo PDF

«Vous n’êtes qu’un paquet d’objets indirects!»

Comme vous savez peut-être (ou pas), je suis chercheur en linguistique informatique de formation et de métier. En 2021, fraîchement élu conseiller municipal dans une ville du grand St-Jérôme que je ne nommerai pas, j’ai quitté mon poste de scientifique principal chez une compagnie (que je ne nommerai pas non plus), maintenant division de Microsoft, car il était impossible pour moi de servir deux maîtres travailler à temps plein à Montréal tout étant un élu efficace et à l’écoute. La chose municipale me semblait aussi, à l’époque, bien plus intéressante que le raffinement des modèles d’apprentissage automatique pour la compréhension du langage naturel.

Entre-temps, il s’est passé des choses…

Un effet secondaire de ce changement de carrière plus ou moins bien avisé est que je suis devenu (en tout humilité) expert en analyse et manipulation des fichiers PDF, et ce, de la manière habituelle des informaticiens de mon genre: j’ai parti un projet de logiciel libre.

Pourquoi?

Lorsqu’on regarde les défis de gestion des documents dans une ville ou autre organisme, on se rend très vite compte que malgré les grands efforts des promoteurs de ODP, OOXML, HTML et autres formats universels, en fin de compte, le PDF, c’est la lingua franca de tous les échanges documentaires. C’est la triste conséquence de la domination du bureaucratique par nul autre que Microsoft, dont les logiciels font exprès de multiplier les incompatibilités non seulement avec d’autres produits (libres ou pas), mais ne sont souvent même pas compatibles entre eux-mêmes.

Comment?

J’avais des critères pour l’outil que je voulais utiliser, qui ne correspondaient pas à l’état actuel des logiciels disponibles:

  1. Licence libre et permissive (du genre BSD, MIT).
  2. Écrit en Python et portable entre différentes plateformes.
  3. Interface conviviale pour le programmeur.
  4. Accès direct aux structures interne du PDF, avec la capacité d’extraire non seulement du texte mais les éléments de mise en page et les metadonnées.
  5. Rapide et efficiente, autant que possible (c’est un peu en conflit avec #2 mais bon).

Le logiciel qui se rapproche le plus de ces critères à l’époque était pdfplumber, un très bon logithèque qui satisfait néanmoins aux critères 1, 2 et 3! J’y ai même contribué un module pour l’extraction des arborescences de structure logique. Par contre, l’efficacité n’est pas trop au rendez-vous, surtout parce que pdfplumber, comme d’autres projets populaires dont sa logithèque sous-jacente pdfminer.six, doit analyser chaque page au complet et construire toutes les structures de données avant de retourner des informations demandées.

De paresse et de parallélisme

C’est surtout ça l’innovation de PLAYA-PDF: il est «paresseux», ne traitant que les informations nécessaires pour extraire l’information que vous désirez. Si vous, par contre, vous êtes paresseux·se, il possède aussi un interface qui peut convertir les metadonnées d’un PDF en JSON, et ce, très rapidement:

with playa.open(path) as pdf:
    json.dumps(playa.asobj(pdf))

L’autre élément clé, PLAYA-PDF prend en charge plusieurs cœurs de processeur en parallèle, et ce, de manière très conviviale:

with playa.open(path, max_workers=4) as pdf:
    texts = list(pdf.pages.map(playa.Page.extract_text))

Par-dessus la PLAYA, les PAVÉS!

Parce que les objectifs de PLAYA-PDF sont surtout l’efficacité et l’absence de dépendances sur d’autres logiciels, il ne prend pas en charge des tâches de plus haut niveau, nécessitant de l’imagerie, des heuristiques ou des modèles d’apprentissage automatique.

Pour cette raison je suis aussi en train de construire PAVÉS qui prendra de plus en plus en charge:

  • L’analyse structurelle et textuelle des PDF, dont le traitement des tableaux et l’extraction d’unités logiques de texte.
  • La visualisation des objets dans un PDF ainsi que la conversion des pages en images.

Ce deuxième logithèque est encore en chantier mais sert déjà à faire l’analyse nécessaire pour alimenter mes projets tels que ZONALDA et SÈRAFIM.

Conclusion

Si vous faites partie du petit nombre de gens auxquels ça intéresse je vous invite à l’essayer! J’ai publié entre autres de la documentation et quelques carnets Jupyter qui démontrent la fonctionnalité.

Vous pouvez bien sûr aussi contribuer au développement sur GitHub (notez qu’il se peut que je le déplace bientôt vers Codeberg ou autre hébergement indépendant et au-dehors des États-Unis, mais il restera toujours disponible sur GitHub).

mardi 14 janvier 2025

Analyse Mise en Page 2

TL;DR: Vous pouvez utiliser docling directement car ses modèles sont les plus fiables et efficaces de ceux que j’ai testés. Mais pour comprendre comment ça fonctionne, continuez à lire!

Nous allons voir ici comment utiliser des modèles de vision computationelle pour faire de l’analyse de mise en page d’un PDF et en extraire les titres de sections, alinéas, listes, et tableaux. Pour ce faire, on fera appel à la logithèque libre Transformers qui facilite beaucoup le téléchargement et utilisation de ces modèles en Python. On prendra d’abord un document très simple d’une seule page, fait sur mesure pour ce genre d’analyse. Ceci nous permettra plus tard (dans un autre texte) de mettre en lumière des défaillances de certains modèles.

Dépendances

D’abord installons des dépendances nécessaires:

pip install pillow playa-pdf timm torch torchvision transformers \
    --extra-index-url https://download.pytorch.org/whl/cpu

On utilisera pillow pour manipuler et annoter des images des pages, playa-pdf pour extraire des metadonnées des PDFs, et le reste sont des nécessaires pour rouler les modèles de vision. On les installe ici en mode CPU pour éviter de télécharger des gigaoctets de n’importe quoi que nous impose NVidia, mais si vous avez un GPU pris en charge (même un petit GT1030 suffit) vous pouvez enlever le --extra-index-url.

Il faut dire tout de suite que les programmeurs de NVidia non seulement génèrent des logiciels obèses mais aussi peu fiables, alors, sous Ubuntu, il faut aussi gosser quelques affaires pour éviter d’être pris avec un fâchant problème de C++ (en réalité, c’est C++ le vrai problème, comme d’habitude):

sudo apt install gcc-10 g++-10
export CC=gcc-10
export CXX=g++-10

Traîtement des PDF en image

Si on veut faire de la vision, bon, ça prend des images matricielles. Pour le moment, on utilisera le bon vieux outil Poppler qui est installé partout sous GNU/Linux (et beaucoup moins ailleurs, désolé) pour convertir des PDF en images de pages.

Ce qu’il faut comprendre avec des modèles d’apprentissage automatique (et que les auteurs de certains logithèques populaires semblent ignorer) c’est que, lorsque possible, ces modèles sont plus performants lorsque les données qu’on leur demande de traiter ressemblent à celles sur lesquelles ils sont entraînés. Puisque tous les modèles d’analyse de mise en page sont entraînés sur DocLayNet, qui est composé d’images de page en format carré avec anticrénelage, et puisque PDF est un format vectoriel qui nous permet de générer des images de n’importe quelle taille et format, il est préférable de créer d’abord des images dans le format attendu.

D’ailleurs il ne sert à rien de créer des images de plus haute résolution que celle prise en charge par le modèle! C’est tout simplement du gaspillage d’énergie, de temps et de stockage (ou, autrement dit, un crime contre le climat et l’économie) puisqu’il faudra rééchantilloner par la suite ces images. Heureusement les bons modèles comme ceux de Docling nous diront leur format préféré.

Alors, on va construire une simple fonction pour nous donner des images du format souhaité, en utilisant les arguments -scale-to-x et -scale-to-y de Poppler:

import subprocess
import tempfile
from pathlib import Path
from typing import Iterator
from PIL import Image

def popple(path: Path, width: int, height: int) -> Iterator[Image.Image]:
    with tempfile.TemporaryDirectory() as tempdir:
        temppath = Path(tempdir)
        subprocess.run(
            [
                "pdftoppm",
                "-scale-to-x",
                str(width),
                "-scale-to-y",
                str(height),
                str(path),
                temppath / "ppm",
            ],
            check=True,
        )
        for ppm in sorted(temppath.iterdir()):
            yield Image.open(ppm)

Reconnaissance des éléments de mise en page

On utilisera un modèle RT-DETR pour identifier les éléments dans les images. Pour des raisons inconnues, le groupe Docling n’a pas mis son modèle dans un endroit standard, alors on ne peut malheureusement pas utiliser AutoModel.from_pretrained. Ce n’est pas grave, on va tout simplement télécharger les fichiers manuellement:

from huggingface_hub import hf_hub_download
processor_config_path = hf_hub_download(
    "ds4sd/docling-models",
    "model_artifacts/layout/preprocessor_config.json"
)
config_path = hf_hub_download("ds4sd/docling-models",
    "model_artifacts/layout/config.json")
weights_path = hf_hub_download("ds4sd/docling-models",
    "model_artifacts/layout/model.safetensors")

Pour la suite on va créer deux objets, un RTDetrImageProcessorFast et un RTDetrForObjectDetection:

import os
processor = RTDetrImageProcessorFast.from_json_file(processor_config_path)
model = RTDetrForObjectDetection.from_pretrained(os.path.dirname(config_path))

Maintenant on peut savoir le format attendu par le modèle:

width = processor.size["width"]
height = processor.size["height"]

Et les noms des éléments qu’il peut extraire (mais lisez plus loin…):

id2label = model.config.id2label

On va télécharger le document:

import requests
r = requests.get("https://ecolingui.ca/pdf_structure.pdf")
r.raise_for_status()
with open("pdf_structure.pdf", "wb") as fh:
    fh.write(r.data)

Et hop, utiliser le modèle est très simple:

import torch
with torch.inference_mode():
    for image in popple("pdf_structure.pdf"):
        inputs = processor(images=image, return_tensors="pt")
        outputs = model(**inputs)

Ces outputs ne sont pas dans un format super intéressant, alors on va utiliser le RTDetrImageProcessorFast pour avoir des coordonnées qui correspondent à l’image:

img_results = processor.post_process_object_detection(
    outputs,
    target_sizes=[(image.height, image.width)],
)[0]
print(img_results)

Ceci nous donne quelque chose plus intéressant, qu’on peut interpréter en utilisant le id2label mentionné ci-haut (notez qu’il faut extraire les valeurs des tensor qui nous retourne le modèle):

Mais oups! Les classifications sont un peu suspects, car il n’existe aucune image (Picture) dans notre document! Bon, il semble que les développeurs de DocLing se sont trompés un peu et il faut ajouter 1 aux indices des classes:

for score, label, box in zip(
    img_results["scores"], img_results["labels"], img_results["boxes"]
):
    label = id2label[label.item() + 1]
    box = [round(x) for x in box.tolist()]
    score = score.item()
    print(f"Élément: {label} à {box} avec confiance {score}")

Ce qui nous donne quelque chose d’intéressant:

Élément: Text à [59, 138, 575, 197] avec confiance 0.9866001009941101
Élément: List-item à [78, 309, 571, 369] avec confiance 0.9816325902938843
Élément: List-item à [97, 290, 234, 300] avec confiance 0.9407719969749451
Élément: List-item à [78, 271, 171, 279] avec confiance 0.9286511540412903
Élément: Table à [58, 400, 581, 438] avec confiance 0.9260659217834473
Élément: List-item à [78, 252, 170, 261] avec confiance 0.925058901309967
Élément: Section-header à [59, 216, 109, 226] avec confiance 0.9144930243492126
Élément: Section-header à [59, 384, 113, 393] avec confiance 0.9069509506225586
Élément: Section-header à [59, 98, 115, 109] avec confiance 0.8970564603805542
Élément: Section-header à [192, 59, 447, 76] avec confiance 0.8865164518356323
Élément: Text à [59, 119, 224, 128] avec confiance 0.8446756601333618
Élément: Text à [59, 235, 157, 242] avec confiance 0.8046810626983643
Élément: Section-header à [59, 235, 157, 242] avec confiance 0.5821080803871155
Élément: Section-header à [59, 119, 224, 128] avec confiance 0.5068144202232361

On peut vérifier que tout a été bien identifié en utilisant ImageDraw:

from PIL import ImageDraw
draw = ImageDraw.Draw(image)
for label, box in zip(img_results["labels"], img_results["boxes"]):
    label = id2label[label.item() + 1]
    box = [round(x) for x in box.tolist()]
    draw.rectangle(box, outline="red")
    draw.text((box[0], max(0, box[1] - 12)), label, fill="red")
image.save("pdf_structure.png")

Et voilà:

Analyse de mise en page

Mais attend, cette image a un aspect un peu bizarre! Si on veut vraiment utiliser les coordonnées, il faut plutôt les transformer pour correspondre à la page originelle. On peut le faire facilement en cherchant les informations avec PLAYA-PDF:

import playa
with playa.open("pdf_structure.pdf") as pdf:
    page = pdf.pages[0]
    page_results = processor.post_process_object_detection(
        outputs,
        target_sizes=[(page.height, page.width)],
    )[0]
    print(page_results)

Conclusion

Nous avons vu comment utiliser un modèle de vision pour identifier les éléments de mise en page dans un PDF. Pour la suite des choses, on regardera comment trouver les textes qui correspondent à ces éléments.

Comme mentionné dans le dernier billet de ce blogue, il existe d’autres modèles de vision qui fonctionnent essentiellement de la même manière, mais qui sont en général beaucoup moins rapides et fiables. Un prochain texte va en faire la comparaison.

mardi 14 janvier 2025

Analyse Visuelle de la Mise en Page

Comme mentionné dorénavant, le format PDF est un format de présentation, à la différence du HTML par exemple, qui sépare dans la mésure du possible la structure sémantique du texte et sa mise en page. Concrètement cela veut dire que, en théorie (on aimerait tous y vivre!), l’extraction du texte même d’une page HTML très « visuelle », avec une mise en page comprenant des multiples colonnes, des images, des figures, etc, se résume à simplement enlever les tags.

Comme aussi mentionné dorénavant, le standard PDF dans sa déclinaison « universellement accessible » admet une extraction du texte et même de la structure sémantique légèrement plus compliquée mais néanmoins faisable. Malheureusement, il suffit qu’on oublie de cocher la case PDF/UA en sauvegardant un fichier, ou qu’on sélectionne « imprimer en format PDF » au lieu de « exporter », ou qu’on passe le PDF par un logiciel douteux, pour que toute cette belle structure tombe à l’eau. On se retrouve avec des fragments de texte positionnés absolument, souvent sans séparation entre les mots et parfois même dans une ordre arbitraire.

Dont la nécessité d’une analyse de la mise en page, pour identifier et séparer le texte, les figures, et les tableaux, mais aussi pour identifier les éléments textuelles, dont les titres et listes, ainsi que les artéfacts textuelles qui ne font pas partie du contenu, dont les en-têtes, les pieds de page et les captions de figures. Étant donné le fait que les éléments d’un PDF sont positionnés absolument sur une page (sans référence à une grille ou autre structure visuelle), la diversité de formats de papier, de polices de caractères, de marges et entrelignes, entre autres, il est presque impossible de concevoir des règles pour prendre en charge tout cela à moins de le refaire pour chaque nouveau document ou presque.

Dont aussi la nécessité (il me semble que je me répète souvent!) d‘utiliser… l’apprentissage machine (toé IA chose machin). On en a déjà parlé un peu par rapport aux éléments du texte. On peut catégoriser les types d’analyses propices à l’apprentissage.

Analyse textuelle

Ceci est le type d’analyse le plus simpliste et probablement le plus répandu. En présumant une extraction préalable du texte, correspondant le plus possible à la forme perçue par un lecteur, on peut faire une analyse textuelle (parsing) ou une classification de séquence pour répérer des éléments structurels.

Évidemment, puisque toute l’information provenant de la mise en page a été évacué par le processus d’extraction de texte, on n’a peu de chances de reconstruire la structure du document de façon robuste ou fiable.

Analyse espacielle

Par défaut, ALEXI fait une analyse espacielle, c’est à dire qu’il prend compte de l’emplacement des éléments de texte ainsi que des attributs typographiques (taille de police, caractères gras ou italiques, etc.) pour identifier des éléments tels que titres de sections, éléments de listes, etc.

Bien qu’il utilise l’apprentissage machine, d’autres logiciels utilisent aussi des méthodes algorithmiques ou heuristiques, par exemple pdfminer.six ou camelot.

Analyse visuelle

Dernièrement, il existe une tendance à faire une analyse purement visuelle de la mise en page pour identifier les éléments structurelles. Alors que l’analyse textuelle évacuait toute la mise en page et les attributs visuels du document, une analyse visuelle fait exactement le contraire - chaque page d’un PDF est transformé en image matricielle, qui est par la suite analyser par un modèle de vision tel que DeformableDETR, YOLOX ou YOLO, qui a été préalablement entraîner sur un corpus d’images semblables.

Quoiqu’il soit possible d’utiliser ces modèles par le biais de des logithèques peu fiables provenant de compagnies qui préfèrent prendre votre argent et/ou vos données personnelles, ceci n’est aucunement nécessaire. En plus, il semble que ces logithèques libres fonctionnent essentiellement comme appât pour les services payants / espions. Nous allons donc, dans le prochain billet, regarder comment utiliser les modèles directement pour éviter divers problèmes reliés à ces logithèques.

(La seule exception dans cette bande là est probablement DocLing qui provient d’un groupe de récherche réputé.)